JC Lomo – Photographe + Interview

JC Lomo – Photographe + interview

 

 

JC LOMO : « J’ai appris la photo pour mieux désobéir à ses règles »

Photographe strasbourgeois depuis plus de trente ans, Jean-Christophe Denis — alias JC LOMO — développe une œuvre singulière à la croisée de l’expérimentation, des procédés anciens et d’un rapport très physique à l’image. Ancien photographe de rue, collectionneur d’appareils et passionné de techniques rares, il revendique une pratique libre, guidée par l’erreur autant que par la maîtrise. Voici l’interview de notre rencontre avec lui (Interview réalisé par Alice Kawaciw ).

 

 

« Je n’aimais pas la photo » Tu as un parcours assez inattendu : tu viens du cirque et du médiéval. À quel moment la photographie entre dans ta vie ?

Assez tard, finalement. Entre mes 18 et 25 ans, j’étais dans le milieu circassien et médiéval, je faisais notamment de la jonglerie de feu. J’étais déjà dans une démarche artistique, mais pas du tout du côté de la photographie.
Et c’est ça qui est drôle : je n’aimais pas la photo. Je n’en faisais jamais.

Qu’est-ce qui fait basculer quelqu’un qui n’aime pas la photo vers une pratique aussi poussée ?

Une rencontre. Vers 28 ans, je tombe sur des gens qui pratiquent la photographie alternative. Pas de la photo classique, pas académique. Des procédés anciens, expérimentaux, un peu underground. Et là, ça a été un choc. « Ce qui m’a accroché, ce n’est pas l’image, c’est la liberté. » On pouvait tout remettre en question : les règles, les codes, la manière de fabriquer une image. J’ai eu une initiation rapide avec eux… et ensuite, ça a été une obsession. J’y pensais du matin au soir.

 

 

« Apprendre les règles pour mieux les dépasser » Ton pseudonyme JC LOMO est déjà tout un programme…

Oui, il vient de la lomographie, qui utilisait des appareils russes très simples, des toy cameras. Ces appareils étaient imprécis, parfois défaillants… et c’était justement ça qui était intéressant. « On ne cherchait pas la photo parfaite, on cherchait l’accident. » Cette idée de ne pas tout maîtriser, de laisser une place à l’imprévu, c’est quelque chose qui m’a construit.

« J’étais un des derniers à faire ça » Tu as exercé comme photographe de rue avec des techniques anciennes. Ça ressemblait à quoi, concrètement ?

Je travaillais avec une chambre photographique, habillé en costume 1900. L’été, je faisais les fêtes de villages, les fêtes des vieux métiers. L’hiver, je travaillais dans des hôtels, des casinos, des cabarets, à Cannes, Nice ou Deauville, souvent sur des soirées à thème années 20. Les gens repartaient avec leur photo immédiatement : une image découpée à l’ancienne, dentelée, dans une pochette rétro.

 

 

Il y avait presque une dimension de performance

Oui, complètement. Il y avait l’image, mais aussi la présence, le costume, l’échange. Et surtout, il y avait une immédiateté : pas d’écran, pas d’attente.

Pourquoi ce métier a disparu ?

Le film que j’utilisais n’existe plus aujourd’hui. À l’époque, je pouvais faire une photo toutes les quatre minutes. Aujourd’hui, il faudrait quinze minutes ou plus. Donc ça ne tient plus. « J’étais un des derniers à travailler comme ça. »

 

 

« J’ai une soixantaine d’appareils… et je m’en sers » Tu es aussi collectionneur d’appareils photo. C’est presque un musée chez toi ?

(Rires) Oui, un peu. J’en ai eu plus de 100. Aujourd’hui, il doit m’en rester environ 60. Il y en a partout. J’ai des appareils de 1907, des bi-objectifs, des Polaroids de collection, même des appareils 3D.

Ce ne sont pas juste des objets de collection ?

Non. J’essaie de les utiliser. « Chaque appareil a sa manière de voir. » Un Polaroid, un sténopé, un bi-objectif… ce ne sont pas juste des outils, ce sont des façons différentes de produire une image.

 

 

 

« L’image se fabrique vraiment » Tu travailles uniquement en argentique aujourd’hui. Pourquoi ce choix ?

Parce qu’en argentique, tout se joue avant. Il n’y a pas de rattrapage. Tout est dans la lumière, la prise de vue, la chimie. « Je ne prends pas une photo, je fabrique une image. »

Tu peux nous expliquer concrètement ce processus ?

Je peux partir d’une image numérique, en faire un négatif, puis préparer un papier — souvent du papier aquarelle — que j’enduis d’une solution photosensible à base d’argent. Je pose le négatif dessus et j’expose le tout au soleil ou sous UV. Ensuite, il faut développer, laver et fixer. En une heure, l’image peut apparaître. Mais en réalité, il y a énormément de travail en amont.

 

 

« J’ai mis des mois à trouver ce rose » Tu as utilisé ce procédé pour photographier la cathédrale de Strasbourg

Oui, notamment pour la rosace. Je voulais obtenir une teinte très précise, proche du rose du grès des Vosges.

Ça a été long ?

Très long. J’ai fait des dizaines et des dizaines d’essais. J’ai modifié les formules, les temps d’exposition… « Quand je veux quelque chose, je ne lâche jamais. » C’est vraiment un travail d’empirisme.

« J’adore l’erreur » Tu revendiques aussi une place importante de l’erreur dans ton travail

Oui, je trouve ça essentiel. Parfois une image ratée est beaucoup plus intéressante que celle que j’avais prévue. Sur certains Polaroids, le film réagit mal… et au lieu d’avoir l’image attendue, tu as autre chose qui apparaît. « L’erreur peut révéler quelque chose de plus fort. » Et parfois, j’essaie même de reproduire ces accidents.

« J’ai pédalé 40 minutes pour une photo » Tu as aussi réalisé une série de nuit assez folle, avec un vélo..?

Oui. J’avais un dispositif monté sur un vélo, et je faisais des poses de 30 à 40 minutes. Je pédalais pendant toute la durée de l’exposition, tout en restant stable.

 

 

 

Pourquoi cette contrainte ?

Pour créer des traînées de lumière avec les lampadaires, les voitures… Mais pour que ma silhouette reste visible, il fallait que je reste parfaitement en place.

Ça a pris du temps à mettre au point ?

Environ six mois de tests. Et ensuite, j’ai travaillé sur la série pendant trois ans.

« Le corps, c’est une matière » Tu travailles aussi autour du nu. Quelle est ton approche ?

Je ne suis pas du tout dans une esthétique type Playboy. Je m’intéresse au corps comme forme, matière, lumière. C’est un travail plus plastique, plus sensible.

 

 

« Une expo, c’est avant tout une rencontre » Tu exposes régulièrement ton travail ?

Oui, je fais environ deux à trois expositions par an. Il y a notamment une exposition annuelle avec notre collectif à Strasbourg, où on est une douzaine d’artistes. On a souvent 300 à 350 personnes au vernissage. Et puis il y a d’autres lieux : galeries, cafés, brasseries… comme récemment à Overground (Mars 2026).

Qu’est-ce que tu recherches dans ces expositions ?

La rencontre. « Une expo, ce n’est pas juste montrer des images, c’est échanger. »

 

 

« Je fais peut-être 5 photos par an que j’aime vraiment » Tu produis beaucoup ?

Non. Je fais peut-être quatre ou cinq images par an que je considère vraiment abouties. Mais chacune demande énormément de travail.

« Photographier, c’est peindre avec la lumière » Tu envisages aujourd’hui de participer au Marché des Créateurs. Pourquoi ?

Pour le contact direct. Pouvoir discuter avec les gens, expliquer les procédés, montrer le travail autrement. C’est une autre manière de partager.

 

 

 

Si tu devais résumer ta démarche aujourd’hui ?

Je dirais que je cherche à comprendre, à expérimenter… et à accepter de ne pas tout maîtriser. « Photographier, c’est peindre avec la lumière. »

 

Interview réalisé par Alice Kawaciw (Avril 2026)

 

 

Pour le retrouver :

Son site: https://denisjc.fr/

Instagram : https://www.instagram.com/jc_lomo/

Polalsaco : https://www.instagram.com/polalsaco_/

 

alsace, argentique, corps, noir et blanc, nus, photo, polaroid, Strasbourg, techniques alternatives

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