Pat Raja – Artisan numérique
Je suis Pat Raja, designer textile, objet et surface avec 20 ans d’expérience dans la mode et la déco. J’ai travaillé comme styliste responsable de collection pour des marques internationales pendant 12 ans, développant des lignes streetwear diffusées dans plus de 25 pays. Ces cinq dernières années, j’ai conçu des projets sur mesure d’aménagement intérieur pour les particuliers, notamment des cuisines, dressings et salles de bains.
Fondateur de PR Design Works, basé à Mundolsheim en Alsace depuis 2022, je crée des motifs exclusifs et propose des services graphiques pour les professionnels comme pour les particuliers.
J’édite mes propres motifs, imprimés à la demande – de préférence en Alsace – sur différents supports : papeterie, textile, accessoires, bois, jesmonite, packaging et panneaux acoustiques décoratifs.
Je puise mon inspiration dans les grands courants modernistes du XXe siècle (Cubisme, Bauhaus, Brutalisme, MidCentury Modern, Memphis), ainsi que dans les arts populaires, l’architecture et la street culture. Je me définis comme un « artisan numérique », mêlant savoir-faire analogiques et technologies 2D/3D, gravure laser et usinage CNC.
Attaché aux circuits courts et au « zéro stock », je réalise mes prototypes, collabore avec d’autres artistes et privilégie les ateliers d’insertion pour réaliser des petites séries et la diffusion sur les marchés de créateurs afin de rencontrer directement mon public.
Pour me retrouver :
Instagram : https://instagram.com/pat.raja/
LinkedIn : https://linkedin.com/in/patrick-r86b15029
Site web : https://www.prdw.eu
Pat Raja, artisan numérique : une vie à transformer les motifs en matière
Interview/portrait réalisé par Alice Kawaciw
Dessinateur depuis l’enfance, ethnologue de formation, styliste international puis créateur indépendant, Pat Raja a construit un parcours hors norme. À 55 ans, cet artisan numérique installé en Alsace navigue entre graphisme, artisanat et technologies contemporaines. Du logo à l’objet, du textile au béton créatif, il explore sans relâche les possibilités du motif, nourri par les cultures traditionnelles comme urbaines. Sa récente première exposition et la création de l’affiche du Marché des créateurs marquent une nouvelle étape dans ce parcours guidé par la curiosité, l’expérimentation et le collectif.
Dessiner, depuis toujours
Chez Pat Raja, tout commence par le dessin. À dix ans déjà, il remplit des feuilles de camions américains, de motos et de hot rods, sur fond de surf et de vagues californiennes. Le geste est instinctif. Il dessine sans qu’on le lui demande, sans objectif particulier, simplement parce que c’est là. « J’ai toujours dessiné. » Quand on lui demande ce qu’il veut faire plus tard, la réponse est évidente : dessinateur.
Mais au fil du temps, le dessin devient plus qu’une pratique. Il devient un outil pour comprendre le monde. Un bac arts plastiques en poche, il explore la peinture, sans dogme mais avec curiosité : mixed media, pochoir, bombe aérosol… Il expérimente les techniques picturales contemporaines avec liberté. Cette curiosité le conduit vers des études d’ethnologie. Il y consacre un mémoire à la culture graphique dans le hip-hop, analysant symboles, codes visuels et construction identitaire. Déjà, il interroge le motif comme langage.
En parallèle d’une maîtrise en sciences sociales, il obtient le DUCAV (Diplôme universitaire de cinéma audiovisuel). Sous l’impulsion de Pierre Haffner, ambassadeur alsacien du FESPACO, il ambitionne de mêler image et sciences sociales à travers le cinéma ethnographique. Le genre est alors en mutation, la vidéo broadcast cède la place aux outils numériques, Internet et ARTE ne sont pas encore nés. La vie le conduira ailleurs.
Il complète son parcours par un DUT Information-Communication option publicité. Il y maîtrise Illustrator, Photoshop, Quark Xpress, découvre Fontographer pour la création typographique et les fondamentaux de l’industrie graphique pré-presse. Autant de compétences techniques qui formeront le socle solide de son activité future.
La publicité, puis le besoin de liberté
Il débute dans la publicité. Il y apprend l’écoute du client, la rigueur, la structuration d’une identité visuelle. Mais il ressent vite une limite.
« La publicité m’a enfermé. J’avais besoin de liberté. » Il cherche un espace où la création peut devenir matière. Il le trouve dans la mode.
Dix ans dans la mode, 27 collections et le monde comme horizon
Il rejoint un bureau de style à Heidelberg. Pendant dix ans, il évolue comme styliste, designer de mode, puis responsable de collection Europe, notamment pour Sir Benni Miles et Zoo York. Il participe à la création de 27 collections, diffusées dans 25 pays.
Chaque saison : environ 130 pièces — vêtements, accessoires, lignes complètes. Il analyse les tendances, compose des palettes chromatiques, réalise fiches techniques et prototypes, planifie les collections, supervise les pré-séries, présente les produits lors de salons internationaux. Il voyage en Europe, aux États-Unis, au Japon pour capter le « Zeitgeist », l’air du temps. Il suit la production en Asie. Cette décennie lui apprend à structurer une vision, à passer du dessin à l’objet, à penser en collection, en cohérence, en matière. Mais en 2013, après la crise des subprimes et la mutation brutale du textile global, il ressent le besoin de revenir à quelque chose de plus intime.
Retour aux traditions et naissance d’un artisan numérique
Il renoue avec les arts et traditions populaires. Il redécouvre la richesse graphique de sa culture malgache, explore symboles et structures.
En Alsace, sa terre d’élection, il découvre un vaste patrimoine visuel : polychromie, fleurs de vie, patrimoine textile historique — indiennes, impressions à la planche, Kelsch, point de croix, quilting. En marge de sa culture graphique, il s’initie à la machine à coudre industrielle, à la teinture végétale, à la cyanotypie, à la gravure laser, au punch-needle, au touffetage, à la savonnerie à froid.
Ce dialogue entre analogique et numérique nourrit une nouvelle posture.Il se définit désormais comme artisan numérique.
« Tout seul on va vite, ensemble on va plus loin »
Cette phrase résume sa vision. En 2011, un bref passage à la Team Academy Strasbourg lui ouvre l’esprit sur le cycle de vie du produit (cradle to cradle), la production à la demande, le zéro stock, la RSE et la relocalisation industrielle — bien avant le Covid.
En 2013, il devient membre fondateur du FabLab La Fabrique à Koenigshoffen. Pendant deux ans, il participe à la définition du tiers-lieu, à la recherche du site et à la création de son identité visuelle. Il y rencontre ingénieurs, prototypistes, informaticiens, menuisiers, soudeurs, issus d’entreprises comme Delphi, Google, Cisco, Schneider ou Hager — tous engagés dans des projets DIY et start-ups innovantes. Il est également porteur de projet au sein de la coopérative Art en Réel, qui l’accompagne dans la structuration de son modèle économique. Il y découvre l’esprit coopératif et un vivier de talents : photographes, céramistes, web designers, tailleurs de pierre.
Dès 2014, il noue un partenariat avec Fabéon, devenue aujourd’hui Hubacademy à Illkirch. Ce campus dédié à l’impression grand format, à l’impression 3D et à l’IA lui donne accès à une microfactory équipée d’une trentaine de machines. Un écosystème d’experts du Web-to-Print et de l’impression textile à la demande, favorisant production en circuit court et relocalisation industrielle en Alsace.
Un savoir-faire à 360 degrés
Son travail commence souvent par une image vectorielle. Mais son objectif est la matière. Il travaille en 2D comme en 3D, sur : tissu, bois, plexiglas, gravure, moulage, coulage. Il utilise notamment la jesmonite , matériau composite polymérisant à froid, prêt en 30 minutes, résistant à la chaleur et à l’humidité.
Il conçoit : porte-savons, cendriers,, objets décoratifs, éléments d’architecture intérieure, sacs et maroquinerie, coussins, panneaux acoustiques, tissus d’ameublement, assiettes décoratives, … Il expérimente sans cesse. Toujours autodidacte.
Le motif comme fil conducteur
Son univers s’appuie sur la géométrie et les symboles.
Il s’inspire :
– des motifs japonais
– des symboles d’Afrique de l’Ouest
– des traditions malgaches
– des floraux indiens et polynésiens
– des cultures amérindiennes
– des arts et traditions populaires européens
Chaque motif porte une histoire. Chaque forme a un sens.
Du logo à l’objet : une palette complète
Il conçoit : logos, cartes de visite, cartes de restaurant, chartes graphiques, identités visuelles globales
Il réalise aussi des habillages décoratifs pour surfaces et véhicules. Il crée l’identité graphique du Zenarium à Reichstett, imprimée directement sur la façade. Sa curiosité l’amène à collaborer avec illustrateurs, graffeurs et tatoueurs, transformant leurs univers en tissus, papiers peints, mobilier, écharpes en soie ou paréos. Ce qu’il aime : penser l’identité dans sa globalité, dans l’espace et dans le temps.
La révélation du Kaléidoshop
En décembre, il expose pour la première fois au Kaléidoshop. « Ça m’a débloqué les chakras. » Il rencontre le public, assume le prix de ses créations, met de côté le syndrome de l’imposteur.
Le Marché des créateurs : de visiteur à auteur de l’affiche
Il souhaitait exposer au Marché des créateurs depuis un moment. Éric Blanchot, chargé de l’affiche 2025, lui propose alors de le mettre en lien avec l’association Touch-Arts. C’est tout de suite le coup de coeur et l’asso lui confie de dessiner l’illustration pour l’affiche de l’édition estivale en plein air 2026, place de Zurich à Strasbourg. En4ki, lui, rappelez-vous avait réalisé la version pour la halle du Marché.
Son affiche s’inspire des années 60-70 et de l’esthétique Space Age.
On y retrouve :
– une géométrie forte
– des couleurs vibrantes
– des motifs floraux inspirés des arts et traditions populaires européens
– les initiales LMDC intégrées subtilement
– les icônes du logo du marché
Il explore la risographie, couleurs oxydées, pastel et primaires. Une affiche pop, vibrante, impossible à ignorer.
Une signature. Celle d’un artisan numérique qui continue, inlassablement, à transformer les motifs en matière.
Interview/portrait réalisé par Alice Kawaciw
Pour le retrouver :
Instagram : https://instagram.com/pat.raja/
LinkedIn : https://linkedin.com/in/patrick-r86b15029
Site web : https://www.prdw.eu



















